Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial
Propositions de la Fondation David Parou Saint-Jacques
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Les Chemins

Impossible de parler de Compostelle sans parler des chemins de Compostelle. Bien que sans fondement historique leur existence a été validée par des décisions politiques. C'est bien en effet l'Europe qui a créé Compostelle alors que certains voient dans le pèlerinage galicien le creuset de l'Europe. Il en est créé en permanence car ils sont devenus une nécessité pour les milliers de pèlerins qui les parcourent chaque année.

Patrimoine et jalons en Haute-Rhénanie

Extrait de la communication d'Edvig Rôckelein à Bamberg (1988)

Bien sûr, dans cette région [LA HAUTE-RHÉNANIE], nous avons beaucoup d'indices relatifs au culte de saint Jacques, soit des églises ou des autels, des statues, des croix, des noms de lieux ou de chemins. Cependant, ce sont des signes du culte de saint Jacques en général et non pas des indications de routes de Compostelle qui, du moins en Haute-Rhénanie, n'existent pas.

Voilà la raison pour laquelle nous restons sceptiques envers le projet du Conseil de l'Europe intitulé « Chemins de Saint-Jacques. Itinéraire culturel européen ». La tendance d'interpréter tout indice du culte de saint Jacques comme preuve d'un chemin de Compostelle nous semble être trop exagérée. Il serait bien plus ingénieux d'inclure de la même manière tous les domaines du culte de saint Jacques et, là où il est encore possible, de les protéger et entretenir comme monuments historiques. Cet objectif devrait impliquer la conservation d’anciens tronçons des chemins médiévaux - comme on essaie déjà de le faire en Suisse. Par contre, un réseau européen de prétendues routes de Saint-Jacques nous semble plutôt être un camouflage des données, différentes selon la région et les époques historiques.

Partout les mêmes erreurs

Le tracé des chemins contemporains est fait partout en Europe avec l'hypothèse que tout élément du patrimoine jacquaire, en particulier le patrimoine architectural était une balise sur un itinéraire de pèlerins. Certains vont même jusqu'à affirmer que ce patrimoine a été " construit par les pèlerins ". Un pèlerin se qualifiant de chercheur a même imaginé qu'une étole découverte dans un tiroir de sacristie sur laquelle était brodée une image de saint Jaccques prouvait le passage de pèlerins !

Une invention contemporaine

Connus à partir de 1882 par l'édition (en latin) du dernier Livre du Codex calixtinus, les chemins de Compostelle ont été imaginés avant d'être tracés. Les premières cartes ont été dressées dans le sud-ouest de la France par des curés du XIXe siècle. A partir de 1936, la guerre civile en Espagne a été une occasion de redécouvrir saint Jacques, transformé en Matajoros (tueur de Rouges), patron de la lutte contre les nouveaux infidèles Républicains et d'appeler l'attention sur Compostelle. L'intérêt pour les chemins s'est renforcé progressivement. 

En dehors du Camino francés, chemin historique espagnol, les "chemins de Compostelle" sont une invention contemporaine. En france, ils ont été tracés à partir du début des années 1970.  

Il y a 30 ans, les politiques s’en sont emparés (déclaration de 1984 du Conseil de l’Europe ) et un directeur espagnol de cette institution a su mettre Compostelle au service de l’idée du rapprochement des peuples européens. Dés 1982, Jean Paul II avait donné le ton en rappelant depuis Compostelle les "racines chrétiennes de l’Europe" .Leur désignation comme Itinéraire culturel européen n’aurait pas suffi à leur donner le succès qu’ils connaissent s’ils n’avaient pas répondu à des besoins de notre époque :

• retour à la nature, développement de la marche comme activité sportive

• recherche et approfondissement spirituel personnel, fuite de la société de consommation, besoin d’évasion

• besoin de ressourcement pour  traverser une période cruciale (entrée dans la vie active, deuil, retraite ...)

Les chemins de Compostelle sont des réalités d’aujourd’hui, plaquées sur un imaginaire médiéval construit pour une grande part au XIXe siècle et encouragé par l’Eglise (authentification des reliques par Léon XIII ).

Voilà à partir de quoi se sont construits les chemins d’aujourd’hui.

Du point de passage à la capitale

L'Eveil, quotidien de la Haute-Loire, vient de transformer Le Puy de point de passage d'un des chemins qualifiés d'historiques en " capitale du St-Jacques ". Voir l'article.

Pour mieux mettre en valeur les initiatives locales en faveur du tourisme, cet article n'hésite pas à s'appuyer sur une affirmation parfaitement infondée, qu'il attribue à la  présidente de l'Office du tourisme : " Si en 2010 nous n'avions pas initié ce partenariat, les chemins de Saint-Jacques de Compostelle auraient perdu leur label itinéraire culturel européen ".

C'est manifestement donner aux efforts du Puy pour se mettre en avant plus d'importance qu'ils n'en ont. Le Conseil de l'Europe a présenté en 2010 un nouvel Accord Partiel Elargi sur les itinéraires culturels et rien n'indique dans ses publications ni dans celles de l'institut Européen des Itinéraires Culturels, que les chemins de Compostelle aient été menacés en quoi que ce soit.

L'Eveil a peut-être fait une confusion avec l'inscription au Patrimoine mondial. Elle peut effectivement être menacée car il est difficile de répondre aux critères de l'UNESCO pour la gestion d'un Bien qui ne répondait pas aux critères d'inscription. Il y a effectivement là un danger et l'initiative du Puy se comprend d'autant mieux qu'il y a dans ce domaine une concurrence avec l'ACIR de Toulouse. 

 

La voie de Tours

La voie de Tours tente une renaissance moins monopolistique que celle du Puy.

A Tours

Site d'une première association

A Poitiers

Du 25 au 27 avril 2014 sur la Voie de Tours : WE découverte des chemins de Saint Jacques et du patrimoine classé UNESCO en Poitou. Covoiturage organisé au départ de la gare Poitiers. Tracez votre chemin en choisissant parmi les différentes activités proposées chaque jour.
Site d'une seconde association

Plus d'articles...

  1. Trois initiatives françaises

Sous-catégories

  • Les chemins dans l'histoire et la légende

    Avant la fin du XIXe siècle la légende, rapportée par la Chronique de Turpin, évoque un chemin partant d'Aix-la-Chapelle et rejoignant Compostelle en suivant le chemin des étoiles indiqué par saint Jacques à Charlemagne.

    D'autres documents indiquent des chemins de Compostelle, ce sont les récits laissés par des voyageurs qui sont allés à Compostelle. D'autres documents, comme les Itinéaires de Bruges décrivent des chemins marchands et pèlerins.

    Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'apparaissent les chemins de Compostelle. Depuis lors, aucune recherche historique sérieuse n'a été faite à leur sujet. Ils ont été considérés comme un fait acquis, voire un dogme. Des recherches ont été entreprises à la fin des années 1980. Leurs résultats bouleversent trop  de croyances pour être entendus.

  • Les chemins contemporains

    Le 25 juillet 1948, dans son discours à Compostelle, le général Franco avait émis le voeu que les chemins de Compostelle s'ouvrent au-delà du rideau de fer. Ce voeu a été réalisé par le Conseil de l'Europe en 1987. Dans l'intervalle, une association française a joué un rôle déterminant sous l'impulsion du marquis René de La Coste-Messelière, archiviste aux Archives nationales.

    Le premier chemin contemporain en France a été tracé au départ du Puy-en-Velay au début des années 1970.

     

     

    • 4 chemins dits historiques

      L'exploitation du dernier Livre du Codex calixtinus a fait croire à l'existence de 4 chemins historiques, partant de Tours, Vézelay, Le Puy et Arles. Cette idée est encore bien ancrée dans les esprits de tous ceux qui écrivent sur Compostelle. Elle est illustrée partout et les marroniers annuels des magazines ne l'omettent jamais.

      Mais la réalité est autre. Grâce à une intense propagande, la ville du Puy exploitant la beauté des paysages de l'Aubrac et la renommée de sainte Foy à Conques a réussi à donner un point de départ au chemin qui selon le Guide du pèlerin " passe par Le Puy ". Ce chemin on l'appelle maintenant Camino pour en faire progressivement un point de départ obligé pour rejoindre en Espagne le Camino francés. Il existe néanmoins des variantes avec au moins une portion de " chemin chrétien " où l'esprit serait moins commercial. Mais où la boutique n'hésitait pas à voisiner le donativo.

      Les autres chemins dits historiques subsistent avec peine. Annexée par une association qui en avait fait la promotion, la voie de Vézelay, na pas pu résister aux dérivations et aux GR moins historiques.

      Sur la voie de Tours, vite appelée aussi voie de Paris, une association tente aussi de mettre en valeur des atouts trop méconnus. Et l'itinéraire Saint-Martin, très bienvenu au niveau européen est venu lui faire de l'ombre.

      Quant à la voie d'Arles, elle souffre d'une trop grande notoriété de la ville qui n'en avait pas besoin pour se faire connaître.